« Dans la 1ère circonscription, la droite et le centre sont menacés »

Dans son article publié dans Le Figaro du 5 juin, la journaliste politique Sophie Huet cite Jean-François Legaret qui rappelle l’enjeu de l’élection législative des 11 et 18 juin : « Dans la 1ère circonscription, la droite et le centre sont menacés« .

Législatives: la bataille électorale à hauts risques à Paris

Par Sophie Huet

Du temps de Jacques Chirac, la droite a régné en maître sur Paris, réalisant même le grand chelem dans les 20 arrondissements de la capitale lors des élections municipales de 1983 puis de 1989. Cette époque semble bel et bien révolue, et les Parisiens seraient prêts à tourner définitivement la page en accordant leur confiance à Emmanuel Macron.

Dans la capitale, le nouveau président de la République a réussi le tour de force d’arriver en tête au premier tour de la présidentielle, avec 34,83 % des voix, ce qui donne des ailes aux candidats de La République en marche (LREM) aux élections législatives. Le jeu est d’autant plus ouvert que sur les 18 députés sortants (10 PS, 6 LR et 2 écologistes), 6 ne se représentent pas: Pierre Lellouche (LR) dans la 1re, François Fillon (LR) dans la 2e, Bernard Debré (LR) dans la 3e, Jean-Marie Le Guen (PS) dans la 9e, Denis Baupin (EELV) dans la 10e et Christophe Caresche (PS) dans la 18e.
Ces élections législatives sans précédent, qui font fi du clivage droite-gauche, donnent des sueurs froides aux dirigeants de tous bords. «On avait envisagé de gagner une voire deux circonscriptions, mais notre objectif a été revu à la baisse. Il est de maintenir nos positions», explique Philippe Goujon, le député maire du XVe arrondissement, candidat à un troisième mandat. Le patron de la fédération LR de Paris ajoute: «Le combat est dur, car Emmanuel Macron ouvre les bras à la droite pour mieux l’étouffer.»
La maire LR du Ve arrondissement, Florence Berthout, qui avait répondu à l’appel à «la main tendue» au nouveau chef de l’État chez les élus de droite, sent que «la vague Macron s’accélère». C’est aussi ce que l’on craint, à gauche. «L’étiquette socialiste est très abîmée en termes d’image. Cette campagne est difficile car l’attrait pour le renouveau, chez les électeurs, est réel», reconnaît Emmanuel Grégoire, le premier secrétaire fédéral du PS parisien. «L’enjeu, pour nous, c’est que les gens reviennent voter PS», explique l’adjoint à la mairie de Paris, pour lequel «le chemin est étroit».
Dans un scénario catastrophe, certains, à gauche, envisagent que le PS perde ses dix circonscriptions parisiennes. Une analyse à nuancer. Déjà, deux anciennes ministres PS, George Pau-Langevin dans la 15e circonscription et Myriam El Khomri dans la 18e, n’ont pas de candidats LREM contre elles.
L’ancienne ministre du Travail ne fait d’ailleurs aucune référence au PS sur ses affiches de campagne, qui ont pour slogan: «Avec Emmanuel Macron, pour une majorité de progrès». Dans la 7e, où Macron a fait son meilleur score parisien (40,4 % au premier tour de la présidentielle), le sortant PS Patrick Bloche joue son va-tout. Bien implanté, l’ancien maire du XIe arrondissement a pour adversaire LREM Pacôme Rupin, ex-élu PS du IVe arrondissement. Le candidat LR Vincent Roger espère troubler le jeu dans cette circonscription grâce à une triangulaire de second tour.
Combat délicat pour Annick Lepetit dans la 3e face à un jeune loup de LREM, Stanislas Guerini, et à une candidate UDI-LR, Valérie Nahmias, qui promet de «créer la surprise». L’ex-ministre de l’Intérieur Daniel Vaillant, 67 ans, mène sans doute le combat de trop dans la 17e circonscription, où LREM a investi in extremis l’historienne Béatrice Faillès. «Vaillant va être sèchement battu», prédit un spécialiste électoral du PS. Les deux circonscriptions que détenaient les Verts sont en péril: l’ex-ministre EELV Cécile Duflot se représente dans la 6e, où 26 candidats sont en lice, et l’ancien député Denis Baupin, accusé de harcèlement sexuel, pourrait céder la place à Anne-Christine Lang (LREM), députée de la 9e, en rupture de ban avec le PS.
À droite, le maire du Ier arrondissement, Jean-François Legaret, investi après le retrait soudain du sortant LR Pierre Lellouche dans la 1re circonscription, sait que ce sera compliqué. «La droite et le centre sont menacés», reconnaît le candidat LR, qui doit affronter un élu macroniste venu de l’UDI, Sylvain Maillard, 43 ans, chef d’entreprise, qui pourrait prendre beaucoup de voix à droite.
Dans la 4e circonscription, la maire LR du XVIIe, Brigitte Kuster, devrait succéder à Bernard Debré. Le maire du XVIe, Claude Goasguen (LR), est inexpugnable dans la 14e, Philippe Goujon (LR) très bien placé dans la 12e. Le sortant LR Jean-François Lamour, que Jean-Pierre Raffarin est venu soutenir, doit affronter un candidat «macroniste chiraquien», Hugues Renson, dans la 13e. Ce dernier a reçu la visite du très chiraquien Jean-Louis Debré, mais rien n’est joué.
Deux ministres sont en lice à Paris, Marielle de Sarnez, ministre des Affaires européennes dans la 11e face à Pascal Cherki (PS), et Mounir Mahjoubi, secrétaire d’État chargé du Numérique, qui affronte le patron du PS, Jean-Christophe Cambadélis, sortant dans la 16e.
Candidate dans l’ex-circonscription de François Fillon, la 2e, Nathalie Kosciusko-Morizet (LR) doit faire face aux divisions de la droite, et le porte-parole de LREM, Benjamin Griveaux, veut s’imposer dans la 5e face à la sortante PS Seybah Dagoma. Le 18 juin au soir, c’est sans doute toute la carte électorale de la capitale qui devrait être chamboulée. Tous les acteurs parisiens auront les yeux rivés sur les résultats avec en ligne de mire l’élection municipale de 2020. Anne Hidalgo (PS) pourrait briguer un nouveau mandat. Mais d’autres candidats, notamment LREM, se mettraient en travers de son chemin.
Baroin, arbitre du duel entre chiraquiens
Le chef de file des Républicains, François Baroin, est venu soutenir dimanche Jean-François Lamour, son «petit frère», glisse-t-il, «un fidèle gaulliste, un fidèle chiraquien», insiste-t-il. «Jean-François a été un des plus proches conseillers du président Chirac», poursuit-il autour d’un café entouré de militants. À quelques mètres d’eux, Hughes Renson, lui aussi conseiller de Jacques Chirac, fait campagne, tracts à la main, accompagné de nombreux jeunes, tee-shirt de couleur façon Bruno Le Maire pendant la primaire.
Pas mécontent de son coup, Hughes Renson s’incruste sur la photo entre Jean-François Lamour et François Baroin. «Je préfère Lamour à La Renson», s’amuse François Baroin en jouant sur le jeu de mots «rançon». Le chef de file des Républicains est convaincu que «l’équation personnelle des candidats» peut faire la différence aux législatives face à la confortable avance pronostiquée pour les listes du président Macron. Sur son passage, entre poignées de main et embrassades, les habitants lui glissent du «bon courage M. Baroin!». D’autres s’inquiètent: «Alors, on va se serrer la ceinture?» «Ah oui, si vous votez Macron, on va se serrer la ceinture!», rebondit François Baroin. «Il faut donner un bon coup de main à Jean-François Lamour, il le mérite!», entonne François Baroin aux Républicains, un peu perdus pour le vote de dimanche.